ZYKLUS emanuel dimas de melo pimenta locarno | july 30 - august 15 | 2005 la rotonda di piazza castello switzerland | Rinaldo Bianda avait compris que l'avenir est le fait de ceux qui, non pas le subissent, mais le construisent... René Berger |
Très tôt
Rinaldo Bianda avait compris que l'avenir est le fait de ceux
qui, non pas le subissent, mais le construisent. Aussi n'a-t-il
eu de cesse, sa vie durant, de se consacrer à sa vocation
de "constructeur". Très tôt, il a compris
que l'art vidéo, longtemps resté ambigu, sinon suspect,
remettait en question le fondement même de l'image, plus
largement celui de la représentation. Avec une rigueur
sans faille et une générosité exemplaires,
il s'est efforcé de réunir artistes, essayistes,
penseurs dans le cadre du " Festival d'art vidéo de
Locarno" dont le rayonnement a très vite dépassé
les frontières (*). Les meilleurs artistes s'y sont rencontrés
au-delà de la compétition pour alimenter la flamme
de l'art en pleine mutation. Entreprise hors pair qui s'est accompagnée
dès le début d'une réflexion critique dont
les "colloques" ont été la manifestation
lucide et fidèle. C'est sans doute aussi pour cette raison
qu'a été fondée l'AIVAC (Association Internationale
pour les Arts et la culture) dans laquelle Rinaldo n'a cessé
d'oeuvrer en collaboration avec l'Unesco et le Conseil de l'Europe,
ou la nouvelle Université du Tessin. Les champs d'investigation
se sont élargis, non par besoin de compétition,
mais pour affiner l'esprit transdisciplinaire qui s'affirme de
nos jours tant dans les sciences que dans les arts . Ce qu'atteste
encore l'organisation de l'un des premiers congrès-pilotes
: "Quelle université pour demain ? (1997). Sans doute
Rinaldo s'est-il inspiré durablement et fortement du souffle
du Monte Verità, non pour en commémorer les hauts
faits, mais pour en prolonger la vigueur. Nous vivons en effet
de plus en plus dans des environnements qui, telles les poupées
russes, s'emboîtent indéfiniment, à cette
réserve qu'aujourd'hui ils ont de plus en plus de peine
à tenir ensemble. Tout se passe comme si des courants sans
cesse les
enveloppaient, les traversaient. Des fissures se font jour, des
ruptures menacent, mais simultanément des restructurations
s'amorcent.
Apparaissent des "attracteurs étranges" qu'on
pressent plus qu'on ne les perçoit. A travers les turbulences
auxquelles n'échappent ni les sciences ni les arts, émergent
des figures inconnues et exaltantes. L'Histoire avait dressé
les cartes du passé, que l'on croyait acquises. L'Avenir
se découvre dans des environnements-croisés dont
la musique esquisse peut-être la mystérieuse complexité.
Il semble en effet qu'émerge aujourd'hui un art qui, sans
récuser le passé, inaugure la métamorphose
engendrée par notre
co-évolution avec les nouvelles technologies. Comme le
papillon au sortir de sa chrysalide, nous devons, les artistes
les premiers, inventer les ailes d'un nouvel imaginaire. Nombre
d'expressions artistiques, rejetant les résidus des symbolismes
caducs, s'écartent de "l'oeuvre achevée"
pour s'ouvrir sur le "cyberespace" planétaire
dans lequel les artistes d'aujourd'hui multiplient flux et trajectoires.
Tout en restant enfermés, comme nos lointains ancêtres, dans un corps mortel, nous ne cessons de nous extérioriser tous azimuts, grâce aux machines à rouler, à voler, à plonger, à travers l'espace et le temps, à travers traditions et innovations, à travers le réel et le virtuel. Tout en restant amarrés à notre cerveau dans son modeste abri crânien, nous ne cessons de nous brancher à l'immensité des flux qu'innervent des réseaux toujours plus vastes, toujours plus puissants. Une nouvelle étape de l'Évolution est en cours. Miroir, mémoire, histoire ont eu partie liée durant des siècles. Mais voici que la technogenèse, en fusionnant le symbolique et le technologique, déborde le modèle d'antan.
Un nouveau sacré n'est-il pas en train de naître, susceptible de construire un rapport à la mort qui donne sens à notre époque en mutation ? En substance, j'imagine avec Rinaldo que les artistes contemporains réinventent les symboles au coeur de la civilisation et dont la vertu est depuis des millénaires de conjurer l'altération, la séparation, la mort. Verbe, image, musique, danse, croyances, cérémonies établissent entre les hommes, coacteurs de l'activité symbolique, le lien durable qui, au-delà des services et des fonctions régissant les besoins sociaux, unit les membres d'une même communauté.
".... S'impose
désormais à tous, écrit Rinaldo, la constatation
que la planète est la seule réalité concrète,
la seule à avoir permis à l'homme, à la nature,
à tout ce qui nous entoure, de prendre vie et forme. S'impose
à nous la détermination de remettre en ordre la
société et notre environnement pour que la survie
nous soit assurée. A ce point nous nous trouvons, hélas,
devant une nouvelle impasse, ou plutôt une nouvelle dichotomie.
D'une part le Vertueux, qui sait bien faire ce qu'il sait, qui
synthétise par son expérience à la fois connaissance
et certitude; de l'autre, le Virtuel, qui existe seulement en
puissance, qui n'est pas encore en acte, qui contient des possibilités
immenses donnant à voir un changement dans
lequel la réalité va au-delà de la réalité
acquise. Il nous reste néanmoins l'espoir que des visionnaires
auront à coeur d'entreprendre des démarches pour
chercher des réponses possibles afin que survivent les
espèces dans leur environnement naturel, afin que l'élan
vital de l'histoire et de l'humanité se poursuive. Il faut
retrouver la force, la détermination et la sagesse pour
comprendre que le vrai but de l'existence est dans notre connaissance
de l'essence de notre esprit et de l'esprit de l'art. Recherche
que nous poursuivons par le renouvellement spirituel qui seul
assure l'unité de la connaissance. Ainsi seulement serons-nous
capables de témoigner et de rendre visible la noosphère
qui est l'horizon de toute expérience." C'est cette
profession de foi, qui en appelle aux visionnaires, qu'il nous
appartient de faire nôtre. Merci, Rinaldo!
(*) Un ouvrage important dû à la plume et à l'amitié indéfectible de Vittorio Fagone, en relate l'histoire, qui tient souvent de l'épopée : L'Art Vidéo 1980-1999, Vingt ans du VidéoArt Festival de Locarno, Recherches, théories, perspectives, sous la direction de Vittore Fagone, éd. Mazzotta, Milan (1999).
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